Séminaire bilingue français-anglais, Université de Gand (2026-2027)
Organisation : Thomas Franck & Célia Vamiller (Universiteit Gent, sectie “Frans” van de vakgroep Tolken, Vertalen en Communicatie)
Ce séminaire a pour objectif d’interroger la circulation de l’idée de transition énergétique dans différents discours contemporains, plus spécifiquement dans le discours journalistique. A partir du constat de Richard York et Elisabeth Bell (2019) et de Jean-Baptiste Fressoz (2024) selon lequel la « transition énergétique » ne correspond pas à une réalité historique, il convient d’analyser les enjeux d’une critique de ce que l’on peut qualifier de formule (Krieg-Planque, 2009), voire de mythe (Jeusette, Pieron et Provenzano, 2024).
Dans un article paru dans Mots, Sophie Anquetil et Carine Duteil (2024) ont mis en lumière les procédés de politisation et de dépolitisation à l’œuvre dans le discours d’un think tank fortement médiatisé dont la visée est de libérer l’économie des contraintes carbones. Albin Wagener (2025), dans une étude recourant à la lexicométrie dans l’optique d’une analyse diachronique, a montré l’évolution des récits relatifs à la transition et a évalué leur efficacité à différents échelons territoriaux, sociétaux et institutionnels. Plusieurs recherches ont mis en évidence les implications politiques des représentations liées aux énergies, notamment le rapport au patriarcat (New Daggett, 2018), au fascisme (Malm & Collective Zetkine, 2020), au néo-colonialisme (Ferrant, 2025) et aux guerres « civilisationnelles » (Brosteaux, 2025). Le lien entre l’énergie et le pouvoir n’est plus à démontrer, et les stratégies de domination reposent sur un modèle économique précis. La centralisation des processus de décision, la maîtrise des techniques, le contrôle des matières ainsi que leur extraction intensive font partie de ce mode de gestion politico-économique de l’énergie. Dans le même temps, d’autres manières d’organiser les décisions relatives à la gestion des énergies tentent de se développer, de façon plus ou moins marginale (voir, entre autres, les Communautés d’Energie Renouvelable).
Face à ce constat, de nombreuses thématiques gagnent à être investies en raison de leur mise en relation dans les discours journalistiques, conçus comme espaces d’interdiscursivité, mais aussi dans le discours social : les guerres aux enjeux énergétiques (l’Ukraine depuis 2022, l’Iran depuis 2026), les tensions géopolitiques (droits de douanes, stratégies d’autonomie, dépendances énergétiques des États, extractivisme intensif), l’émergence d’une IA mondialisée (qui réactive le paradoxe d’une soutenabilité mise à l’épreuve de son intense consommation énergétique) ou encore le retour de la question du nucléaire dans le « bouquet énergétique ».
Quelle place trouvent les nouvelles formes d’énergies dans ce panorama et à quels récits, discours, mythes, narrations et imaginaires, notamment sociotechniques, participent-elles (Jasanoff & Simmet, 2021) ? Quelle est la part d’alternative contenue dans le vocable des « énergies renouvelables », « décarbonées » ou « vertes » ? Quels réseaux métaphoriques se sont développés à la suite de celui du « développement durable » (Milne et al., 2006) et de la « lutte contre le changement climatique » (Evangelista, 2025) ? Quels liens peut-on établir entre les imaginaires de la « révolution industrielle » (de la première à la quatrième) et ceux de la « transition énergétique » ? Quels cadrages temporels, aspectuels et de modalité délimitent ces conceptions de l’histoire des énergies mais aussi du futur énergétique (voir le travail de Badir, 2022 à propos de la « transition écologique ») ? Comment les médias parlent-ils du discours techno-solutionniste dominant, inscrit dans une logique économique de croissance, dans des formes de modernisme qui ne remettent pas en question les logiques de monopoles (Franck 2026 et 2027) ? Les théories décroissantistes ont-elles une place dans l’argumentation de ces discours ? Quels présupposés sémantiques, pragmatiques et idéologiques sont utilisés et développés par les médias ? Quelles différences et analogies peut-on établir entre eux ? Les paradoxes du « capitalisme vert » sont-ils abordés ou refoulés (Fox, 2022 et Williams, 2024) ? Qui sont les locuteurs et les locutrices à qui la parole est donnée quand il est question de traiter de ces thématiques ? Quelles stratégies de hiérarchisation énonciative découlent de ces discours rapportés ?
Toutes ces questions forment l’architecture d’un séminaire qui se veut ouvert aux différentes pratiques d’analyse du discours et aux perspectives croisées en sciences du langage.
Discourse Analysis on Energy Transition
French-English Bilingual Seminar, Ghent University (2026–2027)
Organised by: Thomas Franck and Célia Vamiller (Ghent University, “French Applied Linguistics” at the Department Translation, Interpreting and Communication)
This seminar seeks to examine how the notion of energy transition is discussed in various contemporary discourses, more specifically in journalistic discourse. Building on the observation put forward by Richard York and Elizabeth Bell (2019) and by Jean-Baptiste Fressoz (2024) that the energy transition does not correspond to historical reality, it becomes necessary to analyse the stakes of a critique of what may be described as a formula (Krieg-Planque, 2009), or even a myth (Jeusette, Pieron and Provenzano, 2024).
In an article published in Mots, Sophie Anquetil and Carine Duteil (2024) shed light on the processes of politicisation and depoliticisation at work in the discourse of a highly mediatised think tank whose aim is to liberate the economy from carbon constraints. In a lexicometric study adopting a diachronic perspective, Albin Wagener (2025) traced the evolution of transition narratives and assessed their effectiveness at different territorial, societal and institutional levels. Several studies have highlighted the political implications of representations related to energies, including their relationship to patriarchy (New Daggett, 2018), fascism (Malm & Collective Zetkin, 2020), neo-colonialism (Ferrant, 2025) and “civilisational” wars (Brosteaux, 2025). The link between energy and power no longer needs to be demonstrated, and strategies of domination are rooted in a specific economic model. The centralisation of decision-making processes, the mastery of technologies, the control of resources, and their intensive extraction are all integral to this politico-economic mode of energy governance. At the same time, other ways of organising decisions related to energy management are trying to emerge (see, among others, Renewable Energy Communities).
In light of these observations, many themes deserve sustained attention because of their prominence in journalistic discourse, conceived as a space of interdiscursivity, but also in social discourse more broadly: wars over energy-related issues (Ukraine since 2022, Iran since 2026), geopolitical tensions (customs policies, strategies of autonomy, states’ energy dependencies, intensive extractivism), the emergence of globalised AI (which reactivates the paradox of sustainability being threatened by its intensive energy consumption), and the return of the nuclear question to the “energy mix”.
What place do new forms of energy occupy within this panorama, and in which narratives, discourses, myths, and imaginaries – particularly socio-technical ones (Jasanoff & Simmet, 2021) – do they participate? To what extent do the terms “renewable energy”, “decarbonised”, or “green” contain an alternative dimension? What metaphorical networks have developed from those of “sustainable development” (Milne et al., 2006) and the “fight against climate change” (Evangelista, 2025)? What links can be established between the imaginaries of the “industrial revolution” (from the first to the fourth) and those of the “energy transition”? What temporal, aspectual, and modal framings shape these conceptions of the history of energy, as well as of its future (see Badir, 2022, on the “ecological transition”)? How do the media engage with the dominant techno-solutionist discourse, anchored in an economic logic of growth and in forms of modernism that do not call into question the logics of monopoly (Franck, 2026, 2027)? Do degrowth theories have a place in the argumentation of these discourses? What semantic, pragmatic, and ideological presuppositions are mobilised and developed by the media? What differences and analogies can be identified between them? Are the paradoxes of “green capitalism” addressed or repressed (Fox, 2022; Williams, 2024)? Who are the speakers given a voice when these themes are discussed? What strategies of enunciative hierarchisation emerge from these reported discourses?
All these questions shape the structure of a seminar intended to remain open to diverse approaches in discourse analysis and to cross-disciplinary perspectives within the language sciences.
Bibliography
Anquetil, S. & Duteil, C. (2024). « Dire l’urgence climatique : entre rhétorique scientifique de dépolitisation et procédure argumentative de politisation ». In Mots. Les langages du politique. 134. P. 101-117.
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Badir, S. (2022). « La transition écologique : valeurs aspectuelles ». In Actes sémiotique.
Bombenger, P.-H., Mottet, É. & Larrue, C. (2019). Les transitions énergétiques. Discours consensuels, processus conflictuels. Québec : Presses de l’Université de Québec.
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Izoard, C. (2024). La Ruée minière au XXIe siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition. Paris : Seuil.
Jasanoff, S. & Simmet, H. R. (2021). “Renewing the future: Excluded imaginaries in the global energy transition”. In Energy Research and Social Science. N°80.
Jeusette, J., Pieron, J. & Provenzano, F. (2024). « Que raconte un poêle de masse ? Pour une approche mythologique de la transition énergétique ». In Orbi. Liège : Université de Liège.
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Marrec, A., Naegel, P. & Teissier, P. (2015). « Un usage citoyen du métier d’historien : repenser la transition énergétique sans la COP21 ». In Shs.hal.science.
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Nappi, C. (2024). « Les notions de ‘transition écologique’ et ‘transition énergétique’ au prisme du discours institutionnel : entre variation et enjeux environnementaux ». In Repères DoRiF. N°30.
Nippert, A. (2024). Hydrogène Mania. Enquête sur le totem de la croissance verte. Paris : Le Passager clandestin.
Romdhani, A. & Audet, R. (2025). « La boussole de la transition. S’orienter dans le discours sur la transition écologique de la région métropolitaine de Montréal ». In Recherches sociographiques. N°66-2. P. 245-467.
Wagener, A. (2025). Les récits : leviers d’action pour la transition sociale et écologique. Étude des récits emblématiques de la transformation écologique et sociétale en France, entre 1980 et 2020. Paris : Expertise (Administration publique de France).
Williams, J. (2024). “Greenwashing: Appearance, Illusion and the Future of ‘Green’ Capitalism”. In Geography Compass. N°18.
York, R. & Bell, E. (2019). “Energy Transitions or Additions?: Why a Transition from Fossil Fuels Requires more than the Growth of Renewable Energy”. In Energy Research & Social Science 51: 40-43.
Programme synthétique
15 octobre 2026, 14h. Thomas Franck (Ghent University)
Introduction et état de la littérature sur la « transition énergétique » dans une perspective linguistique
15 octobre 2026, 15h. Célia Vamiller (Ghent University)
The Sustainability Paradox of AI: A Comparative Discourse Analysis of the Sovereignty-Energy Futurology in French and English-Speaking Newspapers
17 décembre 2026, 14h. Carine Duteil (Université de Limoges)
Formules de crise, récits de transition : une approche discursive et rhétorique
4 février 2027, 14h. Daria Evangelista & Corina Andone (Amsterdam University)
Arguing with Examples to speed up the energy transition: The Case of the Accelerate EU Catalogue of the European Commission
15 avril 2027, 14h. Aline Nippert (journaliste indépendante)
L’hydrogène mania : un cas d’école de la « transition énergétique »
13 mai 2027, 14h. Albin Wagener (Université de Lille)
Récits-actions de transition énergétique dans la transformation socio-environnementale en France
10 juin 2027, 14h Sophie Anquetil et Vivien Lloveria (Université de Limoges)
La dépolitisation des discours sur la transition et l’urgence climatique (titre provisoire)
Résumés/Abstracts
15 octobre 2026, 14h. Thomas Franck (Ghent University)
Introduction et état de la littérature sur la « transition énergétique » dans une perspective linguistique
Dans cette communication, nous présenterons le projet de recherche qui est à l’origine de ce séminaire en réalisant un état de la littérature sur les études en analyse du discours portant sur la transition énergétique (voir ci-dessus la bibliographie indicative et provisoire). Si notre perspective s’est concentrée, dans un premier temps, sur le discours journalistique (principalement d’expression française), nous souhaitons l’ouvrir à d’autres scènes génériques afin de comprendre les relations, convergences ou divergences à l’œuvre entre les différents discours et genres de discours. La circulation d’une formule à l’intérieur d’un interdiscours historique oblige à adopter un regard interdisciplinaire prenant en considération la matérialité historique, le contexte (géo)politique, les procédés de médiation éditoriale ainsi que les particularités langagières induites par les positionnements idéologiques des sujets. Dans le même temps, le caractère transnational et plurilingue inhérent à cette circulation formulaire nécessite d’adopter un postulat comparatiste.
En partant de plusieurs recherches que nous avons menées à propos des périodiques Le Soir, La Libre Belgique et Le Monde recourant à des méthodes croisant l’analyse lexicométrique et la linguistique de corpus, nous tâcherons d’évaluer la pertinence méthodologique des outils communément associés à l’analyse du discours. Conjointement, nous souhaitons étendre le questionnement relatif à la transition énergétique à d’autres « futurologies » qui lui sont liées, notamment celles relatives à la guerre, au réchauffement climatique ou à la course à l’intelligence artificielle. Toutes ces futurologies sont un héritage plus ou moins assumé, souvent inconscient, de la Guerre froide et convoquent des enjeux géopolitiques qu’il convient d’investiguer et de mettre en réseau.
Introduction and Literature Review of the “Energy Transition” from a Linguistic Perspective
In this presentation, we introduce the research project from which this seminar has emerged by providing an overview of discourse-analytical scholarship on the energy transition (see the indicative and provisional bibliography above). Although our work initially focused on journalistic discourse, particularly within the French-speaking press, we aim to extend this focus to a broader range of discursive domains and genres in order to explore the relationships, convergences, and tensions that shape their interactions. Examining the circulation of a formula across historically constituted interdiscursive formations requires an interdisciplinary perspective that considers historical conditions, (geo)political contexts, processes of editorial mediation, and the linguistic features associated with ideological positions. At the same time, the inherently transnational and multilingual character of such discursive circulation calls for a comparative approach.
Building on a series of studies of Le Soir, La Libre Belgique, and Le Monde, which combine lexicometric methods with corpus-linguistic analysis, we will reflect on the methodological value of the tools and procedures most employed in discourse analysis. More broadly, we seek to situate debates surrounding the energy transition within a wider constellation of future-oriented discourses, including those concerned with war, climate change, and the race for artificial intelligence. These competing visions of the future can be understood as part of a largely unacknowledged legacy of the Cold War, one that continues to structure contemporary geopolitical imaginaries and demands closer critical scrutiny.
15 octobre 2026, 15h. Célia Vamiller (Ghent University)
The Sustainability Paradox of AI: A Comparative Discourse Analysis of the Sovereignty-Energy Futurology in French and English-Speaking Newspapers
In this presentation, I will introduce my doctoral research project, which treats Artificial Intelligence (AI) futurological narratives as critical objects of study. Rooted in Jasanoff and Kim’s (2015) concept of sociotechnical imaginaries, the project investigates how different dominant actors – specifically tech companies, CEOs, and mainstream media (Brennen et al., 2018; Chuan et al., 2019) – shape public opinion and the societal representation of technology. Rather than neutral forecasts, AI futurologies are framed as ideological mirrors reflecting historical structures of capitalism, colonialism and extractivism.
I will outline the project’s core literature review, research questions, and methodological objectives. By examining the “AI pivot” (2020-2025) across six major newspapers, including The New York Times (US), The Guardian (UK), Le Monde (FR), La Presse (QB), The Hindu (IN) and Gulf News (UAE), the research explores both what is told to the public about AI and how it is told. A primary focus is the “Sustainability Paradox”, which reflects the tension between techno-solutionist “AI for sustainability” narratives and the material exhaustion implied by the “sustainability of AI” (Schütze, 2024).
Furthermore, I will detail how the analysis of linguistic mechanisms, including implicit ideologies, metaphors, emotional language, and the positioning of distinct voices, is crucial to exposing how AI is normalized as an inevitable, dematerialized “mind”, obscuring its resource-intensive “body” (Brevini, 2023). Finally, I will discuss the relevance of comparing these narratives across different national and linguistic contexts, highlighting the presence of counter-narratives struggling under the dominance of a looming techno-solutionist future.
References
Brennen, J. S., Howard, P. N., & Nielsen, R. K. (2018). An Industry-Led Debate: How UK Media Cover Artificial Intelligence, Reuters Institute for the Study of Journalism.
Brevini, B. (2023). Artificial Intelligence, Artificial Solutions Placing the Climate Emergency at the Center of AI Developments. In Technology and Sustainable Development: The Promise and Pitfalls of Techno-Solutionism, Saetra, H. S. New York: Routledge.
Chuan C-H., Tsai W-H., & Cho, S. (2019) Framing artificial intelligence in American newspapers. AAAI workshop: AI, ethics, and society. AAAI workshops. AAAI Press.
Jasanoff, S., & Kim, S-H. (2015). Dreamscapes of Modernity: Sociotechnical Imaginaries and the Fabrication of Power. Chicago, IL: University of Chicago Press.
Schütze, P. (2024). The Problem of Sustainable AI A Critical Assessment of an Emerging Phenomenon, Weizenbaum Journal of the Digital Society 4(1).
Le paradoxe de la durabilité de l’IA : analyse comparative du discours de la futurologie souveraineté-énergie dans les journaux francophones et anglophones
Dans cette présentation, j’introduirai mon projet de recherche doctorale, qui aborde les récits futurologiques liés à l’Intelligence Artificielle (IA) comme de véritables objets d’étude critique. Ancré dans le concept d’imaginaires sociotechniques de Jasanoff et Kim (2015), ce projet examine comment les acteurs dominants – spécifiquement les entreprises technologiques, les PDG et les médias grand public (Brennen et al., 2018; Chuan et al., 2019) – façonnent l’opinion publique et les représentations sociétales de la technologie. Loin d’être des prévisions neutres, les futurologies de l’IA sont comprises comme des miroirs idéologiques reflétant des structures historiques de capitalisme, de colonialisme et d’extractivisme.
Je présenterai la revue de littérature, les questions de recherche ainsi que les objectifs méthodologiques du projet. En examinant le « pivot de l’IA » (2020-2025) à travers six grands journaux – The New York Times (US), The Guardian (GB), Le Monde (FR), La Presse (QB), The Hindu (IN) et Golf News (EAU) – cette recherche explore à la fois ce qui est dit au public sur l’IA et comment cela lui est dit. Un accent particulier est mis sur le « Paradoxe de la Durabilité », qui reflète la tension entre les récits techno-solutionnistes de « l’IA pour la durabilité » et l’épuisement matériel implicite dans la « durabilité de l’IA » (Schütze, 2024).
De plus, je détaillerai en quoi l’analyse des mécanismes linguistiques – incluant les idéologies implicites, les métaphores, le langage émotionnel et le positionnement des différentes voix – est essentielle pour illustrer la façon dont l’IA est normalisée comme un « esprit » dématérialisé et inévitable, masquant ainsi son « corps » hautement énergivore (Brevini, 2023). Enfin, j’aborderai la pertinence géopolitique de la comparaison de ces récits à travers différents contextes nationaux et linguistiques, en mettant en lumière la présence de contre-récits qui peinent à exister face à la dominance d’un avenir techno-solutionniste omniprésent.
Références
Brennen, J. S., Howard, P. N., & Nielsen, R. K. (2018). An Industry-Led Debate: How UK Media Cover Artificial Intelligence, Reuters Institute for the Study of Journalism.
Brevini, B. (2023). Artificial Intelligence, Artificial Solutions Placing the Climate Emergency at the Center of AI Developments. In Technology and Sustainable Development: The Promise and Pitfalls of Techno-Solutionism, Saetra, H. S. New York: Routledge.
Chuan C-H., Tsai W-H., & Cho, S. (2019) Framing artificial intelligence in American newspapers. AAAI workshop: AI, ethics, and society. AAAI workshops. AAAI Press.
Jasanoff, S., & Kim, S-H. (2015). Dreamscapes of Modernity: Sociotechnical Imaginaries and the Fabrication of Power. Chicago, IL: University of Chicago Press.
Schütze, P. (2024). The Problem of Sustainable AI A Critical Assessment of an Emerging Phenomenon, Weizenbaum Journal of the Digital Society 4(1).
17 décembre 2026, 14h. Carine Duteil (Université de Limoges)
Formules de crise, récits de transition : une approche discursive et rhétorique
Les débats contemporains sur la transition énergétique ne reposent pas uniquement sur des désaccords techniques ou scientifiques. Ils mobilisent également des formules récurrentes, des récits et des imaginaires qui orientent les manières de penser les futurs possibles. Cette communication propose d’analyser un corpus de discours médiatiques et institutionnels francophones (France et Belgique) afin d’étudier la circulation d’expressions telles que transition énergétique, sobriété énergétique, autonomie stratégique, acceptabilité sociale ou transition juste. Envisagées comme des formules au sens de l’analyse du discours, ces expressions condensent des points de vue, cristallisent des controverses et contribuent à structurer les débats publics.
L’objectif est de montrer comment ces formules participent à la construction de récits de transition, en articulant promesses de progrès, scénarios de crise, impératifs de souveraineté ou exigences de justice sociale. En mobilisant les outils de l’analyse du discours et de la rhétorique de l’argumentation, cette intervention s’intéressera aux effets de cadrage produits par ces récits, aux imaginaires qu’ils véhiculent ainsi qu’aux ethos qu’ils construisent pour les différents acteurs des controverses.
Cette réflexion s’inscrit plus largement dans un programme de recherche consacré aux controverses socio-techniques et aux récits de transition. Elle est également nourrie par une expérimentation pédagogique autour de la Fresque des nouveaux récits auprès d’élèves ingénieurs, qui ouvre de nouvelles perspectives sur les relations entre discours, imaginaires et transformations écologiques.
Crisis Formulas, Transition Narratives: A Discourse and Rhetorical Approach
Contemporary debates on the energy transition are not driven solely by technical or scientific disagreements. They also rely on recurring formulas, narratives and collective imaginaries that shape the ways in which possible futures are envisioned. This presentation examines a corpus of French-speaking media and institutional discourse from France and Belgium, focusing on expressions such as energy transition, energy sobriety, strategic autonomy, social acceptability and just transition. Drawing on the French tradition of discourse analysis, these expressions are approached as formulas that condense viewpoints, crystallise controversies and structure public debate.
The presentation explores how such formulas contribute to the construction of transition narratives by articulating promises of progress, crisis scenarios, concerns about sovereignty and claims for social justice. Combining discourse analysis with rhetorical approaches to argumentation, it highlights the framing effects of these narratives, the collective imaginaries they mobilise and the ethos they construct for the different actors involved in socio-technical controversies.
More broadly, this work forms part of an ongoing research programme on socio-technical controversies and transition narratives. It is also informed by recent pedagogical experimentation with engineering students through the New Narratives Canvas (Fresque des nouveaux récits), opening new perspectives on the relationships between discourse, imaginaries and ecological transitions.
4 février 2027, 14h. Daria Evangelista & Corina Andone (Amsterdam University)
Arguing with Examples to speed up the energy transition: The Case of the Accelerate EU Catalogue of the European Commission
Non-binding instruments are nowadays commonly enacted by the European Union (EU) in many policy areas in which the intensity of EU competence is rather low. They co-exist along binding instruments and have been shown to be effective particularly due to their persuasive force (Andone and Coman-Kund, 2022, 2023, 2026). Such is also the case for the energy transition: besides several binding directives and regulations, the EU sets out to accelerate the energy transition through reports, plans and most recently a collection of best-practice measures aimed at reducing oil and gas consumption and accelerating the clean energy transition known as Accelerate EU (2026).
Among the arguments advanced in such non-binding instruments to encourage and ultimately persuade addressees to follow a certain course of action, arguments from example are particularly common. In such a context they are even considered necessary as “rule-governed” deductive or inductive reasoning is inapplicable (Consigny, 1976). This situation is moreover typical of supranational legal contexts such as that of the EU, where institutions often guide Member States’ decision-making processes through argumentative forms based on the circulation of best practices. Yet despite being highly favoured by the legislator, in this case the European Commission, arguments from example have not been largely investigated for their linguistic characteristics, textual manifestations and argumentative uses in this context in which they are so commonly employed. This study examines these aspects taking the Accelerate EU Catalogue of the European Commission as a case study. This non-binding catalogue provides examples of measures that generate energy savings and system-efficiency gains and support the replacement of fossil fuels with domestically produced clean energy across the European Union.
Partly because of their intuitively accessible nature, arguments from example in general have not received extensive attention in argumentation studies. Yet, argumentation by example is based on conceptual relations that contribute to the establishment of structures of reality and therefore have an inherently paradigmatic function (Perelman & Olbrechts-Tyteca, 1969: 80). At the same time, despite establishing “classes of objects”, each argument from example can be considered in its “concrete unicity” (ibid.). This twofold nature of argument from example deserves further investigation, as it makes this argumentative scheme particularly suitable for strategic uses (Plug, 2010).
From a methodological perspective, building on existing literature on the functions and categorisations of arguments from example (e.g. Wästerfors/Holsanova, 2005; Walton/Reed/Macagno, 2008), the analysis is conducted on the aforementioned document on three levels: a functional level, based on the linguistic characterisation of the examples employed; a textual level, which examines how examples are introduced and the position they occupy within the document’s textual hierarchy; and an argumentative level, which considers the role of examples within the overall argumentation of the document.
References
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Andone, C. / Coman-Kund, F. (2023). A legal-argumentative framework for persuasive EU soft law: The case of the European Commission’s recommendations. In P. Láncos, N. Xanthoulis / L. A. Jiménez (Eds.), The Legal Effects of EU Soft Law: Theory, Language and Sectoral Insights (pp. 142–174). Edward Elgar Publishing.
Andone, C. / Coman-Kund, F. (2026). Drafting EU soft law instruments as persuasive governance tools. In T. Drinoczi, G. A. Pennisi / H. Xanthaki (Eds.), Language for Legislation and Legislation through Language (pp. 333–354). Routledge.
Consigny, S. (1976). The rhetorical example. Southern Speech Communication Journal, 41(2), 121–132.
Perelman, C. / Olbrechts-Tyteca, L. (1969). The New Rhetoric: A Treatise on Argumentation. University of Notre Dame Press.
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Wästerfors, D. / Holsanova, J. (2005). Examples as crucial arguments on ‘others’. Text – An Interdisciplinary Journal for the Study of Discourse, 25(4), 519–554.
Argumenter par moyen de l’exemple pour accélérer la transition énergétique : le cas du catalogue Accelerate EU de la Commission européenne
Les instruments non contraignants sont aujourd’hui largement adoptés par l’Union européenne (UE) dans de nombreux domaines de politique publique où la compétence de l’Union demeure relativement limitée. Ils coexistent avec les instruments juridiquement contraignants et leur efficacité a été déjà mise en évidence, notamment en raison de leur force persuasive (Andone et Coman-Kund, 2022, 2023, 2026). Il en va de même dans le domaine de la transition énergétique : parallèlement à plusieurs directives et règlements contraignants, l’UE entend accélérer cette transition au moyen de rapports, de plans d’action et, plus récemment, d’un recueil de bonnes pratiques destinées à réduire la consommation de pétrole et de gaz et à favoriser la transition vers une énergie propre, intitulé Accelerate EU (2026).
Parmi les arguments mobilisés dans ces instruments non contraignants afin d’inciter les destinataires à adopter un certain comportement et, à terme, de les convaincre, les arguments par l’exemple occupent une place particulièrement importante. Dans un tel contexte, ils sont même considérés comme indispensables, dès lors qu’un raisonnement déductif ou inductif fondé sur des règles ne peut s’y appliquer (Consigny, 1976). Cette situation est en outre caractéristique des contextes juridiques supranationaux comme celui de l’Union européenne, où les institutions orientent fréquemment les processus décisionnels des États membres au moyen de formes argumentatives reposant sur la circulation de bonnes pratiques. Pourtant, malgré la place privilégiée que leur accorde le législateur (dans notre cas la Commission européenne), les arguments par l’exemple ont été relativement peu étudiés sous l’angle de leurs caractéristiques linguistiques, de leurs manifestations textuelles et de leurs fonctions argumentatives dans ce type de documents où ils sont si largement mobilisés. La présente étude examine ces différents aspects à partir du Catalogue Accelerate EU de la Commission européenne. Ce catalogue non contraignant rassemble des exemples de mesures permettant de réaliser des économies d’énergie, d’améliorer l’efficacité des systèmes énergétiques et de favoriser le remplacement des combustibles fossiles par une énergie propre produite au sein de l’Union européenne.
En raison, notamment, de leur caractère intuitivement accessible, les arguments par l’exemple n’ont, de manière générale, fait l’objet que d’une attention limitée dans les études sur l’argumentation. Pourtant, l’argumentation par l’exemple repose sur des relations conceptuelles qui contribuent à l’établissement de structures du réel et remplissent ainsi une fonction intrinsèquement paradigmatique (Perelman et Olbrechts-Tyteca, 1969 : 80). Dans le même temps, tout en participant à la constitution de « classes d’objets », chaque argument par l’exemple peut être envisagé dans son « unicité concrète » (ibid.). Cette double nature de l’argument par l’exemple mérite d’être approfondie, dans la mesure où elle confère à ce schème argumentatif une aptitude particulière aux usages stratégiques (Plug, 2010).
Sur le plan méthodologique, en s’appuyant sur les travaux consacrés aux fonctions et aux catégorisations des arguments par l’exemple (notamment Wästerfors/Holsanova, 2005 ; Walton/Reed/Macagno, 2008), l’analyse est menée à partir du document susmentionné selon trois niveaux complémentaires : un niveau fonctionnel, fondé sur la caractérisation linguistique des exemples mobilisés ; un niveau textuel, consacré aux modalités d’introduction des exemples et à la place qu’ils occupent dans la hiérarchie textuelle du document ; enfin, un niveau argumentatif, qui examine le rôle des exemples dans l’économie générale de l’argumentation du document.
Références
Andone, C. / Coman-Kund, F. (2022). Persuasive rather than ‘binding’ EU soft law? An argumentative perspective on the European Commission’s soft law instruments in times of crisis. The Theory and Practice of Legislation, 10(1), 22–47.
Andone, C. / Coman-Kund, F. (2023). A legal-argumentative framework for persuasive EU soft law: The case of the European Commission’s recommendations. In P. Láncos, N. Xanthoulis / L. A. Jiménez (Eds.), The Legal Effects of EU Soft Law: Theory, Language and Sectoral Insights (pp. 142–174). Edward Elgar Publishing.
Andone, C. / Coman-Kund, F. (2026). Drafting EU soft law instruments as persuasive governance tools. In T. Drinoczi, G. A. Pennisi / H. Xanthaki (Eds.), Language for Legislation and Legislation through Language (pp. 333–354). Routledge.
Consigny, S. (1976). The rhetorical example. Southern Speech Communication Journal, 41(2), 121–132.
Perelman, C. / Olbrechts-Tyteca, L. (1969). The New Rhetoric: A Treatise on Argumentation. University of Notre Dame Press.
Plug, H. J. (2010). The strategic use of argumentation from example in plenary debates in the European Parliament. Controversia, 7(1), 38–56.
Walton, D. / Reed, C. / Macagno, F. (2008). Argumentation Schemes. Cambridge University Press.
Wästerfors, D. / Holsanova, J. (2005). Examples as crucial arguments on ‘others’. Text – An Interdisciplinary Journal for the Study of Discourse, 25(4), 519–554.
15 avril 2027, 14h. Aline Nippert (journaliste indépendante)
L’hydrogène mania : un cas d’école de la « transition énergétique »
Alors que des vagues de confinements étaient décrétées en raison de la pandémie du Covid-19 à partir de 2020, puis que la Russie déclencha une guerre en Ukraine en 2022, les gouvernements européens étaient nombreux à promettre des milliards d’euros pour faire émerger une toute nouvelle filière industrielle, l’hydrogène dit bas carbone, et de nombreux contenus journalistiques conjuguaient l’hydrogène au futur de l’indicatif. Dans ce contexte géopolitique particulier, la molécule H2 était présentée comme une solution pour décarboner toutes sortes activités humaines polluantes – l’industrie lourde, la mobilité routière, l’aviation, voire le chauffage des bâtiments et la production d’électricité –, tout en garantissant croissance économique, souveraineté énergétique et réindustrialisation. Sept ans plus tard, patatras ! Des entreprises censées déployer des « méga-usines » d’électrolyseurs mettent la clef sous la porte, plusieurs collectivités françaises s’étant engagées à acheter des bus ou des bennes à ordures carburant à l’hydrogène rétropédalent, des projets censés massifier la production d’hydrogène « vert » sont abandonnés, faute de financements. Que s’est-il passé ?
Dans cette présentation, je reviendrai sur cet étrange épisode que j’appelle « l’hydrogène mania ». Je m’attarderai sur les promesses véhiculées par différents types d’acteurs (politiques, économiques, institutionnels), à différentes échelles (nationale et européenne), impliqués dans la promotion de l’hydrogène. J’analyserai les ressors narratifs et je disséquerai les stratégies qui ont participé à rendre toutes ces promesses si populaires et convaincantes à partir de 2020. En ouverture, je tacherai de m’interroger sur le rôle du système médiatique dans la circulation de ce type de narratif « technosolutionniste ». Au-delà du cas précis de l’hydrogène, mon enquête raconte la force d’un narratif comme celui de la « transition énergétique » pour une société capitaliste sommée de répondre à l’impératif écologique.
Hydrogen Mania: A Symbol of the “Energy Transition”
As wave after wave of lockdowns was imposed due to the COVID-19 pandemic beginning in 2020, and then Russia launched a war in Ukraine in 2022, many European governments pledged billions of euros to foster the emergence of an entirely new industrial sector: so-called low-carbon hydrogen. And many news articles linked hydrogen to the future. In this particular geopolitical context, the H2 molecule was presented as a solution for decarbonising all kinds of polluting human activities – heavy industry, road transportation, aviation, and even building heating and electricity generation – while ensuring economic growth, energy sovereignty, and reindustrialisation. Seven years later, the excitement has faded. Companies that were supposed to roll out “gigafactories” for electrolysers are closing their doors; several French local authorities that had committed to purchasing hydrogen-powered buses or garbage trucks are backtracking; and projects intended to scale up “green” hydrogen production are being abandoned due to a lack of funding. What happened?
In this presentation, I will revisit this odd episode that I call “hydrogen mania.” I will focus on the promises made by various types of stakeholders – political, economic, and institutional – at different levels – national and European – who are involved in promoting hydrogen. I will analyse the narrative drivers and dissect the strategies that helped make all these promises so popular and convincing in the early 2020s. I am going to put forward a few hypotheses regarding the role of the media in the circulation of this kind of ‘technosolutionist’ discourse. Beyond the specific case of hydrogen, my investigation explores the power of a narrative like that of the “energy transition” for a capitalist society that is called upon to respond to ecological imperatives.
13 mai 2027, 14h. Albin Wagener (Université de Lille)
Récits-actions de transition énergétique dans la transformation socio-environnementale en France
Cette intervention aura pour objectif de mettre un point de focalisation sur la thématique de la transition énergétique comme moteur de récit dans la transformation socio-environnementale en France, en lien avec l’étude de l’ADEME réalisée entre 1980 et 2020. Cette transition énergétique est présente sur tous types de territoires (ruraux comme urbains), et permet notamment à certaines communautés, sur des territoires ruraux, de pouvoir prendre la main sur des projets coopératifs et de refaire société, tout en s’engageant dans une logique environnementale. À travers une analyse lexico-discursive d’initiatives qui animent les territoires français, nous regarderons la manière dont les actions de transition énergétique permettent d’alimenter des récits d’engagement qui structurent une manière de percevoir et de vivre la société. Pour ce faire, nous combinerons une approche lexicométrique grâce au logiciel IRaMuTeQ, mais également une approche discursive permettant d’isoler et étudier les représentations sociales en circulation.
Energy Transition Action-Narratives in Socio-Environmental Transformation in France
This presentation aims to foreground the theme of the energy transition as a narrative driver of socio-environmental transformation in France, drawing on the ADEME study covering the period from 1980 to 2020. The energy transition is evident across all types of territories, both rural and urban, and has enabled certain communities, particularly in rural areas, to take ownership of cooperative projects, strengthen social cohesion, and actively engage in environmentally sustainable initiatives. Through a lexico-discursive analysis of initiatives shaping French territories, we will examine how energy transition actions contribute to the construction of narratives of engagement that structure particular ways of perceiving and experiencing society. To this end, we will combine a lexicometric approach, using the IRaMuTeQ software package, with a discourse-analytical perspective designed to identify and investigate the social representations circulating within these narratives.
10 juin 2027, 14h Sophie Anquetil et Vivien Lloveria (Université de Limoges)
La dépolitisation des discours sur la transition et l’urgence climatique (titre provisoire)
Résumé à venir.
